chroniques valentino

Feuilleton littéraire
Les chroniques d’un autre monde sont des publications qui suivent l’histoire de personnages récurrents plongés dans l’actualité de notre société.
Au programme : humour, amitié, péripéties et mystère. Suivez leurs aventures !

Un amour de fléau

Il est exactement 22h13, Myrrha est allongée sur l’herbe fraîche, sur le terrain en pente derrière la maison. Il y a un vent léger, frais, mais pas désagréable. Le ciel est dégagé et laisse la jeune fille pleine d’admiration devant ce tapis d’étoiles. Elle oublie l’espace d’un instant la journée qui venait de passer, son angoisse avec, ses craintes et ses démons.

Ce matin là, le réveil avait été difficile. Cela faisait plus d’une demi-heure qu’elle faisait tourner sa cuillère dans une tasse de café. Puis Myrrha l’avait avalé d’un coup, froid, avant d’enfiler son manteau et de claquer la porte d’entrée derrière elle.

Elle était arrivée au travail en retard. Par chance, personne ne s’en est vraiment rendu compte. Bien que son collègue et ami, Adam, lui avait soufflé ce “t’as une sale tronche” sur un léger ton de reproche.

— Mal dormi, avait simplement répondu Myrrha.

La matinée s’était déroulée sans accroc jusqu’à la pause de midi où elle se rendit compte qu’elle avait manqué une dizaine d’appels sur son téléphone personnel.

Le harceleur : Valentino

Après une minute d’hésitation, elle accepta de le rappeler dans un soupir.

— Myrrha ?
— Qu’est-ce que tu veux ?
— Faut que tu viennes me chercher, ça ne va pas
, supplia Valentino.
— Comment ça te chercher ? Je vais pas faire 4 heures de route pour tes beaux yeux en milieu de semaine ! Et puis je suis au boulot, c’est pas le moment.
— Ne raccroche pas s’il te plait ! Myrrha, je suis rentré. Je suis à la gare. Il faut que tu viennes s’il te plait. Je suis vraiment dans un sale pétrin.
— T’es toujours dans un sale pétrin, quoi qu’il arrive. Je suis désolée mais j’ai tourné la page. Je ne peux rien pour toi.

Elle avait raccroché avant qu’il n’ait le temps de répondre quelque chose. Dans la seconde qui suivit, il la rappela. Elle refusa l’appel et s’empressa de rejoindre ses collègues pour déjeuner.

— C’était qui ? demanda Adam
— Mon frère.
— T’es encore en contact avec lui ?
— Non. Il appelle parce qu’il s’est encore fourré dans une histoire pas claire.
— Tu vas l’aider ?
— J’ai dit non.
— Mais tu vas quand même le faire.

Myrrha ne pouvait pas nier qu’elle avait beaucoup de mal à ne pas céder aux demandes de Valentino. Elle ne pouvait pas assurer à 100% qu’elle ne se mettrait pas une nouvelle fois en danger pour lui venir en aide. Elle était prête à essayer pourtant, prête à oublier qu’elle avait un petit frère toujours dans la galère, prête à oublier le reste aussi.

Il l’avait appelé encore une vingtaine de fois l’après-midi, envoyé trois mails qu’elle avait refusé de lire et cinq SMS la suppliant de décrocher.

Le soir, après sa journée de travail, Myrrha avait été prise de maux de tête violents qui l’avaient forcée à s’arrêter sur le bord de la route. Puis, un jeune conducteur avait percuté sa voiture au passage d’un rond point et une fois arrivée chez elle, alors qu’elle espérait enfin pouvoir récupérer de ce jour atroce, elle découvrait un nouvel obstacle au pas de sa porte. Un jeune garçon se trouvait là, capuche sur la tête, les habits déchirés et sales. Il avait de longs cheveux dans un état pitoyable, blonds d’origine, grisés et noircis par la poussière et d’autres saletés dont Myrrha n’osait même pas imaginer la provenance. Une odeur nauséabonde venait vous envahir les narines à moins de 100m de lui. Myrrha était partagée entre la colère, la pitié et la tendresse.

— S’il te plait… commença-t-il.
— Va prendre une douche, ordonna-t-elle d’un ton sec en introduisant la clé dans la serrure.

Il sourit timidement et s’exécuta tandis que sa soeur regrettait déjà de ne pas être capable de refuser de l’aide à cette bouille d’ange.

— Qu’est-ce qui t’arrive cette fois ? demanda-t-elle.
— Ils veulent me tuer.
— Qui ?
— Les gars de ma coloc, je te jure, je suis sûr qu’ils veulent me tuer.
— Val, tu délires.
— Il faut que tu me crois cette fois. Je te jure que c’est vrai, je ne suis pas fou !
— Pourquoi ils voudraient te tuer ?
— Je n’ai pas payé mon loyer le mois dernier.
— Ce n’est pas une raison valable pour tuer quelqu’un.
— C’est vrai Myrrha. Je te dis que c’est vrai.

Valentino avait tendance à faire des délires paranoïaques, des crises plus ou moins violentes en fonction des périodes. Pendant longtemps, Myrrha s’était rangée de son côté, refusant de voir la réalité en face. Jusqu’à ce qu’elle la frappe de plein fouet.

Valentino était malade.

— Tu vois toujours ton psy ?
— Oui, oui. Mais il faut que je change. Je ne retourne pas à Bordeaux.
— Je prendrai rendez-vous avec toi.

Il acquiesça puis ferma derrière lui la porte de la salle de bain. La soirée se déroula normalement, l’un et l’autre prenait des nouvelles de chacun. Pourtant Myrrha étouffait dans cette ambiance chaleureuse. Quelque chose n’allait pas. Quelque chose n’allait vraiment pas ce jour là. Comme un pressentiment que ce n’était que le début d’une longue histoire. Comme ce petit vent frais qui venait lui gifler gentiment le visage avant que l’orage ne gronde.


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