Feuilleton Littéraire
« Chroniques d’un autre monde » est un feuilleton littéraire qui suit l’histoire de personnages récurrents plongés dans l’actualité de notre société.
Au programme : humour, amitié, péripéties et mystère. Suivez leurs aventures !

Narrateur : Myrrha

foule - chroniques d'un autre monde / pauline sauvetre

Poursuite

— Qu’est-ce que tu fais Val ?

Voilà de longues minutes que je l’observais planter des coups ciseaux dans ses chaussures. Ses gestes étaient à la fois mécaniques et d’une imprécision sans pareil. Il ne semblait même pas avoir entendu la question, ou tout du moins, l’avait ignoré.

— Val ! insistai-je.

— Tu vois bien ! Je fais des trous dans mes chaussures ! grogna-t-il.

— Mais pourquoi ?

— Parce que j’ai chaud.

— Aux pieds ?

— Oui.

— T’as pas des chaussures plus légères ?

— Si. Mais je ne les aime pas.

Je soupirai, me demandant si malmener ses chaussures préférées au détriment des mal-aimées était vraiment la bonne solution. Je savais aussi qu’il était préférable de le laisser faire. J’essayais de l’ignorer sous mes yeux en train de s’adonner à des activités toujours aussi douteuses, mais j’avais bien du mal à ne pas y prêter attention. Cela faisait longtemps que je n’avais pas eu Valentino à la maison, je me souvenais à peine des règles de sécurité à adopter avec lui. Je ne savais plus comment réagir. Quand il est arrivé devant ma porte ce soir là, j’avais même hésité à appeler maman. Puis non.

C’était trop douloureux.

— Je vais faire un tour en ville, tu veux venir ? tentai-je.

Il se contenta de secouer la tête de droite à gauche d’un air nonchalant. Il était pénible. Vraiment pénible.

— Je ne sais pas quand je rentre, avertis-je en enfilant une veste.

Aucune réaction. Je claquai la porte, un peu en colère. Il y avait un grand ciel bleu ce jour là, bien qu’en plein mois d’avril, je sentais le soleil venir réchauffer ma peau, la brûler même. Je sentais quelques picotements s’affoler le long de ma nuque et ce frisson le long de ma colonne vertébrale qui me glaçait le sang.

Dans les rues je croisai à plusieurs reprises des collègues. Je baissais la tête à chaque fois, détournant le regard en respectant l’insociable maladive qui sommeillait en moi. Je manquai de me cogner contre un lampadaire deux fois, l’un me donna l’impression de m’arracher un bras, et alors que je m’apprêtais à bifurquer dans une de ces petites ruelles que j’aimais tant, je bousculai malgré moi un passant.

— Non mais ça ne va pas ! hurla-t-elle.

— Pardon, je suis pressée, soufflai-je en m’empressant de disparaître.

J’accélérai le pas tandis que derrière moi, le bruit de ses talons claquant le sol semblait sorti tout droit d’un film d’horreur. Mon cœur battait à cent à l’heure, très bêtement, j’avais l’impression d’être prise en chasse, comme une brebis galeuse devant un loup sauvage. Alors quand elle m’agrippa le poignet avant de me faire volte face, je ne pu m’empêcher d’hurler. Un de ces hurlements longs et stridents qui ne vous foutent jamais la chair de poule, plutôt un de ces cris ridicules de fillette hystérique.

— Mais t’es complètement folle ! dit-elle d’un air non-chalant.

— Je suis vraiment désolée, laisse-moi tranquille, suppliai-je.

— Je ne viens pas pour t’agresser, rassura-t-elle, tu ressembles à quelqu’un que je connais.

— Ah, non, c’est une erreur, soufflai-je de soulagement.

— C’est toi Myrrah ?

Mes yeux sortaient tellement de leurs orbites que je crois qu’elle eut peur qu’ils tombent. Elle tapota sur mon épaule en râlant ce « Eh ça va, je ne vais pas te bouffer » qui se voulait rassurant. Je la dévisageai encore, tentant de voir derrière cette chevelure rousse qui lui tombait devant le visage si j’étais capable d’y reconnaître quelque chose. Mais rien, cette fille à l’allure douteuse était introuvable dans ma mémoire pourtant plutôt bonne.

— Ton frère a un tas de photos de vous deux, expliqua-t-elle.

— Tu connais Valentino ?

— Un peu ouais, rigola-t-elle. Tu sais où je peux le trouver ?

— Tu lui veux quoi ?

— Il est parti avec un truc qui m’appartient, je veux le récupérer.

Elle me regardait avec insistance, ses yeux noirs semblaient vouloir percer mes pensées. Valentino m’attirait décidément toujours des ennuis.

— Désolée, ça fait longtemps que je n’ai plus de nouvelles de Valentino.

Je crois qu’elle avait décelé le mensonge à travers ma voix tremblante. Pourtant, elle me laissa partir sans difficulté. Avant que je ne disparaisse de sa vue, je l’entendis crier :

— Dis-lui que je ne le lâcherai pas, s’il ne veut pas me répondre, j’irai le trouver.

Je crois que c’était une menace, une de celles qu’on déguisent d’un « s’il te plait » plus ou moins cordial. Un frisson parcourra le long de ma colonne vertébrale alors que je me mélangeais à la foule.

Valentino, qu’est-ce que t’as encore fait…

pauline sauvetre - chroniques d'un autre monde

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